La liane

René Claire à La Liane

4 semaines consacrées aux enfants de La Liane

vendredi 6 novembre 2009, par annabelle

Juillet 2009. C’est parti pour une mission d’un peu plus d’un mois à l’association la Liane de Saint Louis. Les objectifs ciblés par Claude, la présidente de l’association sont clairs. En un mot, il s’agit d’alphabétisation. Étant moi-même enseignant, il me semble que je suis l’homme de la situation. Je me pose néanmoins pas mal de questions sur le type de public que j’aurai à affronter, les conditions d’enseignement et surtout les dispositifs pédagogiques les plus pertinents à mettre en place.

Le groupe 'lecture'

J’arrive donc au centre d’accueil. Une petite cour, une première salle exigüe avec une table et quatre chaises (salle dévolue selon les moments de la journée aux soins infirmiers, aux entretiens mais aussi salle de jeu pour les jeunes). Séparée de cette pièce par une cloison, la grande salle de la Liane qui est à la fois dortoir, salle à manger et salle polyvalente. Le planning d’occupation de ces lieux est remarquablement bien huilé. La grande salle est, selon les besoins, rapidement transformée en dortoir (matelas à descendre), en salle à manger (nappes à placer) ou salle d’accueil pour les petits déjeuners des talibés-mendiants (évacuation des nattes). Il me faudra m’insérer, comme je le pourrais, dans ces espaces, sans désorganiser et gêner la vie du centre.

Côté public, je m’aperçois rapidement de la grande disparité des compétences et des profils. Afin de ne pas me perdre, je décide de mettre en place des groupes de travail avec des objectifs ciblés.

Pour le groupe d’enfants non-francophones et non-lecteurs, je décide de ne pas tenter l’apprentissage du français écrit. Cet objectif me semble trop prétentieux vu le peu de temps qui nous est laissé. Je préfère limiter les apprentissages au français oral. Mémorisation de lexique de base, de structures syntaxiques simples, de mini-conversations sur des thèmes donnés, le tout pris dans des dispositifs de jeux et de théâtralisation).

En ce qui concerne le groupe francophone non-lecteur, l’objectif sera l’apprentissage des outils fondamentaux de la lecture/ écriture (apprentissage du rapport phonème/graphème, découverte du principe alphabétique, lecture et apprentissage de syllabes, mots, petites phrases liées à la vie du centre mais aussi écriture des lettres de l’alphabet en cursive.

Quelques élèves déjà lecteurs seront suivis en soutien scolaire individuel.

Parallèlement, Claude me demande d’évaluer les résidents en apprentissage (les grands) sur des compétences d’oral et d’écrit).

Je me mets donc au travail avec les différents groupes. Je dois dire que je fus très impressionné par le comportement de mes élèves et cela quel que soit le groupe.

En premier lieu, je note chez la majorité une motivation très forte à participer aux ateliers, une volonté d’apprendre. Et puis, ce respect de l’adulte, de la fonction, cette reconnaissance qui, il faut bien le dire, n’est plus tellement de mise en France. Je suis surpris par les égards qu’ils ont envers moi : ils me tendent une chaise si je suis debout (je travaille debout en général), m’apportent à boire, ils sont « aux petits soins » avec leur enseignant. Comment ne pas être touché par tant de gentillesse, tant de sourires, d’humour, d’énergie et de sérieux dans le travail. Je me régale.

Les choses ne sont pourtant pas si simples, le potentiel de mes élèves est très hétérogène. Certains sont de vraies flèches, ils mémorisent, assimilent et avancent à vitesse grand V. D’autres montrent des difficultés à mémoriser les sons appris, il faut y revenir souvent tout en continuant les apprentissages. Mais, « on progresse, on progresse », comme dit Kirikou dans son tunnel (Kirikou est une star au Sénégal).

Difficulté, le départ de deux de mes élèves (les plus en avancés, pas de chance pour moi !) et l’arrivée d’autres élèves en cours de route. Tout cela était prévisible, le but de l’association étant la réinsertion des enfants dans leur famille.

Sur mon temps libre de cours, je prends plaisir à remplir le livre de vie de Diouma. Je suis son secrétaire, elle me raconte sa vie de jeune fille enceinte, ses douleurs, ses espoirs. Il est important pour elle de garder trace de tout cela. Elle me demande souvent de lui relire son petit cahier seyes où sa vie est mise à nue. Émotions …

Et puis la vie de tous les jours au centre. Les rituels, le temps du thé, de la sieste, les chants, les improvisations rythmiques débridées, les parties d’Uno ou de Rummikub, la joie et les rires qui fusent. Les discussions avec les grands, ils me disent un peu leurs parcours de vie et la reconnaissance qu’ils ont envers la Liane. Les moments de tristesse d’Amadou, la gentillesse de Souleymane. Émotions, encore …

Un mot sur les éducateurs Lamine, Souleymane et Issa (l’infirmier). Je suis assez impressionné par leur professionnalisme lors de la gestion de conflit entre enfants. Ils savent avec beaucoup de doigté et de calme reposer les règles et faire diminuer les tensions.

Au bout d’un peu plus d’un mois, l’heure du bilan approche. Les éducateurs me rassurent en me disant que les enfants ont modifié leur comportement durant mon passage, qu’ils sont plus calmes et attentifs.

Certains de mes élèves ont tout compris du fonctionnement de la langue écrite, il ne leur manque que quelques mois d’apprentissage pour savoir déchiffrer correctement (lire un texte est un autre problème). Pour les autres, ce mois aura été une initiation à la lecture ou au français oral mais le chemin reste encore long avant de pouvoir lire la gazette locale.

P.-S.

Pour moi, ce fut une expérience pédagogique et humaine d’une grande richesse. Juste un grand merci aux éducateurs qui se sont montrés accueillants et conciliants et aux jeunes de la Liane dont le souvenir ne s’effacera pas si rapidement de ma mémoire.

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